Forêt de Compiègne : Amour quand tu nous tiens !

La ville de Compiègne dans l’Oise est surtout connue pour sa forêt domaniale, son Château, son hippodrome et, de bien triste mémoire, pour son camp d’internement et de déportation durant la seconde guerre mondiale. Mais qui connaît l’histoire de l’avenue des Beaux Monts ?

Ah l’amour, il nous fait faire bien des folies. Pierre Reverdy disait : « Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour ». C’est précisément au cœur de la forêt domaniale de Compiègne, riche de ses quatorze mille hectares, composée majoritairement de hêtres et de chênes, que se trouve cette folie amoureuse. L’Empereur Napoléon 1er demanda à ce que le château de Compiègne soit remis en état d’être habité après que celui-ci fut endommagé par la Révolution Française et l’installation de l’école des arts et métiers. De gros travaux  furent  réalisés et notamment une seconde  et magnifique salle de bal. Ces travaux avaient pour but d’offrir un écrin à la première rencontre de l’empereur avec celle qui allait devenir sa seconde épouse : Marie Louise d’Autriche. C’est en effet à Compiègne que 40 ans plus tôt sa grand tante, Marie Antoinette, avait été accueillie par Louis XVI. Mais le Château, aussi fastueux soit-il, offre un inconvénient aux yeux de Marie Louise. La vue depuis la terrasse du château n’est pas dégagée et fermée par la forêt.

Elle se plaint à l’empereur, lui parlant de la vue ouverte qu’elle avait depuis ses fenêtres au château de Schönbrunn, prés de Vienne, lui permettant de voir l’horizon. Napoléon ne dit rien mais prépare en grand secret un projet afin de faire un cadeau à sa nouvelle épouse.Il décide de faire abattre les arbres qui se trouvent devant le château sur une largeur de soixante mètres et sur une distance de quatre kilomètres six cent. Afin que la surprise soit plus grande encore, il demande à ce qu’un rideau d’arbres soit conservé devant le château afin de cacher la perspective qui se crée. Ensuite il ordonne que les arbres restants soient coupés pendant la nuit .Au réveil, imaginez l’immense surprise de Marie-Louise en découvrant l’allée totalement ouverte. De ses fenêtres l'impératrice peut désormais contempler l'horizon, avec l'intime conviction que ces travaux avaient été réalisés en une nuit. Une hypothèse soutenue de nos jours par un grand nombre de visiteurs. Aujourd’hui encore, cette avenue des Beaux Monts est visible depuis la terrasse du château et, que vous y rendiez  en amoureux ou non, vous pourrez penser à cette jolie histoire.

Chronique

Toulon, arrêt sur La Frontale du port ! 

La Frontale surnommée « La Muraille de Chine » par ses habitants est un ensemble d'immeubles construits en 1953 et considérés alors comme avant-gardistes. Dommage que les toulonnais ne s'arrêtent pas davantage sur l'architecture fonctionnelle et ingénieuse de ces habitats !

Toulon, préfecture du Var, plus grand port militaire de Méditerranée et plus belle rade d'Europe, est historiquement connu pour avoir sabordé sa flotte en 1942. Mais on oublie souvent que les bombardements alliés de 1944 qui visaient l'arsenal et la précision toute relative des tirs à l'époque ont fait des dégâts considérables à commencer par les immeubles du port qui ont été complètement détruits. Après-guerre il a donc fallu reconstruire et des projets plus grandioses les uns que les autres ont vu le jour, certains proposant des expropriations massives afin de redessiner le centre-ville et créer une trouée pour les voitures.

Le projet retenu est celui qui existe toujours aujourd'hui : la Frontale du port. On le doit à Jean de Mailly (1911-1975), à l'époque architecte conseil de l'État pour la région Méditerranée, connu pour avoir été un des trois architectes du CNIT dans le quartier de La Défense à Paris. Si beaucoup de Toulonnais regrettent, aujourd'hui encore, que ces immeubles « bouchent la vue sur la mer » quand on circule en voiture, ils oublient que lors d'une promenade à pied sur le port, ils sont, non seulement protégés de la circulation, mais ils peuvent également profiter au maximum de la vue sur la mer et les terrasses de cafés. Si les habitants surnomment parfois ces immeubles "La Muraille de Chine", c'est qu'ils ne connaissent pas suffisamment ces ingénieux bâtiments.

En effet, ces barres qui ont obtenu le Prix de la Triennale de Milan en 52, ont été inaugurées en 1953 et sont classées aux Monuments Historiques. Elles ont même été la vedette du Salon des Arts ménagers de 1951 au Grand Palais à Paris avec une maquette à l’échelle 1. Et puis il faut se remettre dans le contexte de l’époque. Ces immeubles ont été construits en moins de 6 ans avec des appartements de 2 à 4 pièces en fonction de la demande. Les pièces de vie, salon et chambres, donnent sur le port, plein sud. Les pièces « techniques », entrée, cuisine, salle de bain et buanderie, donnent côté rue. Les couloirs de l’immeuble sont conçus comme des coursives rappelant les bateaux avec des balconnières pour apporter de la verdure et des bancs pour permettre aux gens de se réunir et de discuter les soirs d’été. Ces coursives sont à 1m en dessous des appartements auxquels on accède par trois marches évitant ainsi l'incursion des regards à l’intérieur depuis l’extérieur. Côté sud, les persiennes avec des réglettes modulables brevetées permettent de tamiser la lumière. De couleurs vives (bleu, orange, jaune et vert) elles égaient la façade de béton. Les appartements sont traversants donc ventilés en été. 

En 1953, ces immeubles sont, dans ce centre-ville populaire,considérés comme avant-gardistes. D'autant, qu'à quelques centaines de mètre de là, existent encore des immeubles sans eau courante, avec des toilettes communes sur le palier quand elles ne sont pas en rez-de-chaussée. En revanche, La Frontale du port offre non seulement l’eau courante et l’électricité mais aussi des cuisines équipées et des ascenseurs. Bref le luxe à portée de tous. A l'avenir, gageons que les Toulonnais porteront peut-être un autre regard sur ces immeubles de la Frontale du port...

Chronique

Jésus est né en Provence et les calissons aussi ! 

La chronique provençale de Frédéric Paul nous invite pour ces fêtes de Noël à découvrir l’histoire et l’origine du célèbre calisson qui fait partie des 13 desserts servis traditionnellement le soir du réveillon.

Je ne suis pas sûr que Jésus soit né en Provence comme le prétend Robert Miras dans sa kitchissime chanson des années 70. Je suis certain en revanche que les treize desserts viennent de cette région. Je ne vais pas vous en dresser la liste exacte car elle change au gré des humeurs, des envies et des villes. Néanmoins, on y trouve toujours la pompe à huile ou gibassié, les quatre mendiants  (noix, noisettes, amandes et raisins secs) qui rappellent les couleurs des soutanes des ordres monastiques principaux, des fruits frais, les nougats (blanc et noir) et, à Aix-en-Provence, le calisson. Celui qui visite Aix ne peut ignorer qu’il se trouve dans la ville de cette douceur que les gourmands n'apprécient pas uniquement à Noël. En effet, les enseignes de fabriques de calissons (plus ou moins réputées) fleurissent à chaque coin de rue.

Mais quelle est l’origine du calisson ? Si la première mention d’une confiserie du nom de calisone nous vient du 12eme siècle en Italie, elle désigne plutôt un gâteau aux amandes. Le calisson traditionnel est composé d’une pâte à base d’amandes et de melon confit posée sur du pain azyme (semblable à une hostie) et recouverte d’un glaçage. D’ailleurs lors des messes de Pâques, de Noël et le 1er septembre, le calisson était béni et son nom pourrait venir de là car le prêtre lors de la communion invitait les fidèles à boire au calice par la formule latine « venite ad calicem » dont la traduction Provençale donne « venes touti au calissoun ». Il existe une autre explication au nom de cette confiserie. Il était de notoriété publique que la seconde femme du roi René, Jeanne de Laval, n’était pas très souriante. Les plus goujats disaient même qu’elle n’était pas très gracieuse. On reconnaissait toutefois qu’elle était douce et affectueuse ce qui peut paraître contradictoire. Toutefois, lors de son Mariage avec le Roi René, elle goûta la confiserie et sourit. Un invité se serait exclamé « di calin soun » (ce sont des câlins) et le nom en aurait été dérivé.

Bref on ne sait pas vraiment d’où vient le nom et d’où vient la confiserie mais elle s’est imposée comme une spécialité aixoise au 16eme siècle avec l’introduction de l’amande en Provence qui a permis à Aix de devenir la capitale mondiale du négoce d’amandes au début du 20eme siècle. Si la tradition est respectée et que la friandise est toujours bénie chaque premier dimanche de septembre en l’église Saint Jean de Malte, les confiseurs ont su faire évoluer le calisson en remplaçant le melon confit par d’autres fruits comme la figue, la cerise ou à la pêche. D’autres ont enrobé le calisson de chocolat fin qui tranche avec la douceur de la friandise. Pour ces fêtes de fin d'année, invitez le calisson d'Aix à votre table même si vous avez déjà douze autres desserts. De mon côté, je vais aller en croquer un et je vous souhaite de bonnes fête et « a l’an que ven. *»

* a l'an que ven = « à l’an prochain » en occitan

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Aix en provence : Statue or not statue du « bon roi René » ! 

Frédéric Paul, à la fois Conteur des rues et conférencier urbain, n'a de cesse de parcourir et fouiller chaque ville dans ses moindres détails. Il en connaît toute leur histoire et surtout l'histoire qui n’apparaît dans aucun guide touristique. Un savoir qu’il va désormais nous faire partager dans ses chroniques. Vous y découvrirez certains détails qui vous auront peut-être échappés. C’est à Aix-en-Provence que Frédéric Paul nous entraîne pour un petit cours très anecdotique sur l’authenticité de la statue du « Bon Roi René ».

C’est à Aix-en-Provence que nous allons aujourd'hui, plus particulièrement sur le Cours Mirabeau, l’équivalent à Aix des Champs E lysées parisiens… selon les Aixois bien sûr. Ce cours à carrosses, construit entre la fin du XVIème et le début du XVIIème siècle, permettait de voir et d’être vu, une sorte de réseau social avant l’heure où chaque partie du cours (centre, trottoirs et contre-allées) était réservée à une catégorie sociale. Le Cours est de nos jours un lieu de vie très couru.

Au fil des siècles le Cours a été enrichi de plusieurs fontaines, la fontaine des neuf canons en bas, la fontaine moussue au milieu et une fontaine surmontée d’une statue du Roi René en haut. Nous reviendrons sur les deux premières dans une autre chronique mais attardons-nous sur la statue du « Bon Roi René » comme on l’appelle. Déjà le Bon Roi était-il si bon ? Il y a une différence entre un bon Roi et un Roi bon. Un bon Roi est un Roi qui gouverne bien, un Roi bon est un Roi qui fait le bien. Or, René Duc d’Anjou, Comte de Provence, Roi de Jérusalem et de Sicile était Angevin avant tout et n’hésitait pas à lever des impôts en Provence pour faire la fête en Anjou. Cette statue date de 1819. On la doit au ciseau de David d’Angers. Pourtant le Roi René est mort en 1480 soit plus de trois siècles auparavant. Autant dire qu’il n’a jamais posé pour cette statue. Et c’est là que le détail revêt toute son importance. Comparons une peinture du visage du Roi René du XVème siècle pour laquelle il a posé et le visage de cette statue. On voit bien la différence, les traits de la statue ne ressemblent en rien aux siens et d’ailleurs la foule massée sur le cours lors de l’inauguration en 1819 ne s’y est pas trompée . Le voile tombé le portrait de la statue a été accueilli par de grands éclats de rire et d’autant de sifflets et autres quolibets.

La statue venant de Paris, d’aucuns avaient alors prétexté qu’il y avait eu une erreur de livraison mais que pour autant il s’agissait bien de la statue du Roi René et certains détails prouvaient son authenticité parmi lesquels sa couronne, son sceptre et une grappe de raisin muscat. Raisin qu’il a introduit en Provence. À une époque où Aix était un peu délaissée, où Marseille prenait un peu plus le pas sur l’ancienne capitale de Provence, se retourner vers le passé et le glorifier permettait de faire face à la perte d’influence de la cité. Aix-en-Provence a donc gardé la statue du Roi René pseudo ressemblante. Cette légende perdure encore aujourd’hui. Alors si vous venez à Aix-en-Provence, vous regarderez cette statue d’un autre œil !

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